Instantanés littéraux d’Afrique
Voyage au long cours en Afrique
Mes yeux sont grand ouverts et pour ne rien perdre de mon étonnement,
je colle les mots comme les pièces d’un puzzle …
Bonne balade :
Voyage au long cours en Afrique
Mes yeux sont grand ouverts et pour ne rien perdre de mon étonnement,
je colle les mots comme les pièces d’un puzzle …
Bonne balade :
Dis-moi Paysan !
Arrati
De quoi tu rêves ?
Que dieu soit loué
al-Hamdu li-llâh
Je rêve d’un morceau de terre
Bordé de citronniers
Je rêve de fleurs de maïs
Dans l’aurore du matin
D’abeilles qui butinent
Et de miel qui regorge.
Dis-moi pêcheur !
Carabin hout
De quoi tu rêves ?
Que dieu soit loué
al-Hamdu li-llâh
Je rêve de pirogues
Sur des eaux scintillantes
Je rêve de poissons
foisonnant dans le fleuve
De vent qui me soulage
Du feu de la lumière.
Dis-moi homme de la ville
Yakaï
De quoi tu rêves ?
Que dieu soit loué
al-Hamdu li-llâh
Je rêve à des jours de rêve
Je rêve à des nuits de rêve
De poulet, de gombo
De bisap et de la lune
Je rêve de danser
Torse nu sous les étoiles.
Dis-moi femme !
Hadié
De quoi tu rêves ?
Que dieu soit loué
al-Hamdu li-llâh
Je rêve d’hommes forts
et de rires d’enfants
Je rêve de l’amour
des parfuns et des saveurs
de l’or et des diamants.
Je rêve de bonheur.
Que dieu soit loué
al-Hamdu li-llâh.

Je laisse le pas de ma porte,
Là-même,
dans les labours
des mots du Bleimor.
L’aube s’éveille dans la lande
et la petite houle de noroît
caresse les courreaux.
L’océan étale son horizon
bien au large de Pen Men,
et du coté de Gavres,
dans le petit matin clair
le soleil pointe
vers le grand sud
et trace la route,
Groix -- les Errants
N’djamena
*
Rendu là-bas
A la lisière du désert.
sur les rives du fleuve Chari
déchirées par le soleil,
Je regarde
les pirogues filer
dans le courant
entre les bancs de sable dorés
et les hippopotames.
Des enfants s’éclaboussent
en criant,
Les hérons garde bœuf
s’élancent par centaines.
Le soleil cogne déjà
La journée sera rude
*
Je songe à Port Morvil,
aux gravelots, aux tadornes
et aux goélands
À la laisse de mer
et aux senteurs portées
par les vents de l’océan.
Le soleil se cache
derrière les grands nuages
La journée n’en sera
que plus douce !
*
Les hommes d’ici
sont des combattants
aux visages scarifiés
ou endurcis sous le cheich
La guerre, la misère
les armes, la pitance
la vie, la violence
et la mort
s’il le faut !
Inch Allah, amen
Les blancs d’ici
sont d’ailleurs
ils arpentent la terre
et sillonnent l’Afrique
à l’affût d’un monde meilleur,
ou à la recherche
de femmes,
de fric
de guerre
ou de chimères.
Je songe à Port tudy
Au silence des quais,
Un soir d’automne
Au feu de bois
Qui illumine la maison
Au solo de Xavier Graal
au vent qui se lève au sud
et aux vagues qui roulent
à port st Nicolas
Dans la pénombre du soir
L’avenue est déserte
les guerriers zaghawas
Ont le regard noir
Et la kalach menaçante
Le moindre écart
sera tragique !
La vie,
le sang qui coule
c’est le destin !
*
La lumière sombre dans la mer
Les goelands se posent sur la terre
Groix navigue dans l’immensité
Je la vois passer dans mon obscurité
Qui voit Groix voit sa joie !
Il fuit, il fuit
Ce sont les derniers instants de sa vie
Son dos est meurtri
le sang coule dans ses yeux
La foule hurle.
Le gourdin frappe son dos
Il fuit,
il trébuche
il tombe à terre
Le gourdin, les pieds
Le sable brulant
Le sang
La mort.
tawali !
Petite pierre jaillie des entrailles de la terre,
Petite kimberlite sortie du fond de mon tamis,
Banankoro, c’est mon jour de chance ?
Terre ravagée, terre détrempée
Tu finiras par me recompenser ?
Carats boueux,
Carats de joie !
Mikimoto, Tiffany et Cartier,
Les gros solitaires se pavanent,
Les rivières de diamants
cascadent dans la rue,
Paris Vendôme, 5éme avenue,
Carats de feux,
Carats de joie !
Au revoir Halassane
Bye bye Amadou
salut Aboubacar,
Bonne chance Abdoulaye,
Je voyage ce soir
Africa rafama
je file,
kénavo!
Je vous laisse
à la lueur d’un monde meilleur.
Prenez l’or et les diamants,
l’eau claire du Niger,
les montagnes de là-haut
les mangroves de là-bas,
Les forets sacrées,
les savanes magiques.
Prenez les koras et les balafons
Les djembés et les bolons.
Les baobabs et les palabres.
L’aube c’est déjà demain,
Et vous ferez la fête
à l’envers de la misère
Et vous ferez la fête
à l’endroit cette fois
Inch Allah!
Les muezzins
psalmodient,
les bulbuls
tintinabulent
le jour va se lever
Que la lumière soit !
et le jour se lève
en un clin de soleil.
Le premier train de bauxite
secoue Conakry endormie
wu kena!
Les tacots déboulent
les magbanas déballent
Les land cruisers
« cruisent » chic
dans le trafic
et Kaloum s’encombre
dans une clameur de Klaxons
et de tana mou ri souriants.
Sekoura kandia kouyaté
met la gomme
pas loin du marché Niger
Tout baigne sous le soleil…
Passe le temps
les mélopées du minaret
Scandent les rakates
Il va falloir repartir
Déjà le soleil se planque
et Salif keita se tait
dans les enceintes d’à coté
L’horizon jaunit
les rayons du couchant
caressent les grands arbres
« Out of africa »
Crépuscule express
Plongeon dans la nuit noire
C’est l’heure des makis
Des rythmes de salsa
Des djembés enfiévrés
Des amours enivrés
Bonne nuit Conakry !
Conakry-Coronthie
À deux pas du casino de pacotille
Boulevard de la misère
Un gamin tape à la vitre
Patron, patron ! J’ai faim !
Un éclopé se cramponne
Foté ! mangué !
Une mère aux joues creuses
avec un enfant dans le dos,
quémande un regard
et tend sa main racornie
Sans un mot..
Boulevard des gueux
« C’est pas possible! »
Tout est noir, noir
Le trottoir,
les innocents,
Les corps déglingués,
Les âmes abîmées
Et le caniveau dégueulasse
Et ce passant qui passe !
Et qui ne veut plus passer…
Car les yeux creux ne trichent pas
Car les membres informes ne mentent pas
Ce n’est pas possible !
Il soliloque
Mon dieu !
Bon dieu!
La pluie tisse
Conakry
tout en gris.
Le ciel est bas,
Le ciel est lourd,
La mer est flasque,
Les cocotiers se balancent,
mollement,
Les pélicans s’envolent,
lentement.
Tropiques indolents,
Le temps attend.
Bana bana cartes areeba
Bana bana colliers de chien !
Bana bana machettes
Bana bana caramels
Bana bana hachoir à viande
Bana bana oreillers
Bana bana montres rolex
Bana bana leppis de labé
Bana bana mort aux rats
Bana bana lunettes Chanel
Bana bana éventails
Bana bana baboo et white cat
Bana bana, que sais-je ?
Bana bana ! je trime sous le soleil
Bana bana ! « c’est pas facile »
bana bana, je vais partir,
bana bana! Inch allah
Bana bana, je suis toujours là…
La vente ambulante est une des formes le plus étonnantes du commerce à Conakry. Les vendeurs ou « Bana bana » exposent à bout de bras leur marchandise, souvent unique, sous le soleil et dans le flot même de la circulation. Les articles sont parfois très insolites et varient en fonction des arrivages venant de Dubaï, de Shanghai ou d’ailleurs. Bien sûr, il n’est pas facile d’arracher une vente lorsqu’il s’agit de colliers de chien en cuir ou d’un hachoir à viande électrique.
Ces « Voyageurs représentants de commerce » à l’africaine galèrent pour pas grand chose, tout juste sans doute de quoi manger un plat de riz à la sauce.
» vanité des vanités ! tout est vanité ! Quel profit l’homme retire-t-il de tout le labeur dont il se fatigue sous le soleil ? »